Dans les années 40, Clarck et Clarck furent à l'origine d'une expérimentation permettant de mettre en évidence l'existence d'un conformisme légèrement malsain, à rapprocher de l'effet Pygmalion, en chacun de nous.
Ce conformisme, produit stéréotypique des croyances de la majorité dans une population, ne se retrouve pas seulement chez les adultes, que l'on pourrait croire seuls touchés par des idéologies ou des opinions quant à des sujets dits "sérieux"... Dès notre plus jeune âge, les stéréotypes s'expriment à nous et s'intègrent à notre système de pensée. Dès notre plus jeune âge, nous sommes les victimes inconscientes des préjugés qui se propagent dans la population. Dès notre plus jeune âge, nous subissons les pressions des stéréotypes environnants, et nous forgeons nos croyances futures sur des bases inculquées sans que nous ne nous en apercevions...
Ces auteurs réalisèrent leur expérimentation avec des enfants de 3 à 7 ans, de charmants bambins "innocents", qui devaient pour les besoins de l'expérience, répondre à des questions visant à mesurer leurs "jugements" (préférences) pour des poupées qu'on leur présentait.
On leur demandait également à cette occasion d'énoncer les "traits" qu'ils prêtaient à chaque poupée, par exemple, en leur demandant quels adjectifs "iraient le mieux avec telle poupée"
Les auteurs ont premièrement demandé à un groupe d'enfants blancs américains (Aux Etats-unis, "à l'époque", les traits stéréotypiques négatifs de la population étaient en majorité tournés vers les personnes de couleur noire de peau) de classer les poupées par préférence. Certaines de ces poupées avaient une couleur de peau noire, d'autres, une couleur de peau blanche... Et les enfants blanc préféraient bien entendu les poupée à la peau blanche, signant ainsi la présence d'une certaine forme de discrimination stéréotypique, dès l'enfance en faveur de leur groupe. Que l'on ne fut pas convaincu par ces préférences? Les traits prêtés par les enfants aux poupées, révélaient également ces stéréotypes. Mais l'expérience ne s'arrêtait pas là..
Les stéréotypes, s'ancrent aussi bien dans la majorité que dans les minorités. La même expérience, réalisée avec des enfants noirs, montre le côté malsain de cette discrimination stéréotypique : les enfants noirs, contrairement à ce que d'autres théories préconisent (Le biais de bienveillance endogroupe, bien connu des psychologues sociaux, indique qu'en pareil cas, les enfants noirs vont préférer les poupées noires) étaient également victimes des mêmes stéréotypes : ils préféraient les poupées blanches, et attribuaient beaucoup plus de traits négatifs aux poupées noires qu'aux poupées blanches...
Ce favoritisme étrange, envers le groupe majoritaire, est le signe d'une forme de domination de cette majorité : la population noire est minoritaire et donc plus ou moins dominée, elle développe un favoritisme inverse et intègre les stéréotypes de la majorité, paradoxalement, dans une volonté d'intégration, car ce faisant, elle s’identifie à la majorité et s'approprie ses caractéristiques.
Cette expérience remettait en cause certains acquis : alors que l'on pensait qu'un groupe défendait toujours son intégrité face aux groupes extérieurs, on se rend compte ici qu'il n'en est rien, qu'un groupe minoritaire peut adopter des points de vue qui leurs sont très défavorables, dans le seul souci d'être intégré à une majorité qui se veut dominante. Ainsi, les enfants noirs minoritaire allaient jusqu'à dévaloriser leur groupe ethnique, pour valoriser celui de la majorité en nombre...
Selon les auteurs, le favoritisme envers son propre groupe d'appartenance ne se fait qu'à condition que les populations soient symétriques, c'est-à-dire, qu'il n'existe pas de forte domination (que ce soit en nombre, en importance, en richesses, etc...). S’il y a une asymétrie, les règles changent à l'inverse : ceux qui sont en bas de la hiérarchie se font souvent une dévalorisation de soi et une valorisation des autres.
Les stéréotypes montrent ici de biens sombres aspects : ils poussent l'auto dévalorisation des minorités, dès un âge très jeune... On comprend mieux le développement de leur influence et le caractère dangereux de ces stéréotypes...
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Source : Cours de psychologie sociale - Dijon
Commentaires
Bonjour,
j´aimerais savoir s´il y a eu des confirmations de l´experience de clark and clark et s´il y a actuellement des théories qui contredisent cette théorie?
De meme , y a t il de nouveaux themes que cette theorie a apporté dans l´experimentation?
Merci d´avance.
Bonjour!
une expérience confirme le rôle des attentes sur le comportement de son prochain :
http://psychoweb.dnsalias.org/index...
L'expérience de Clarck et Clarck fut reprise par Asher et Allen (1969). de nombreuses expériences confirment cette pseudo-théorie d'un conformisme ambiant, tout en distinguant les limites : il existe toujours quelques iconoclastes ou déviants dont le rôle est justement de donner un coup de pied dans la fourmilière... et faire en sorte que l'ensemble de la population se retourne sur sa passivité pour la remettre en cause.
Je ne saurais vous dire avec certitude qu'il n'existe pas de contre-théorie, hormi la pensée partagée d'avant, qui considérait que notre propre groupe avait toujours notre faveur, l'exogoupe étant rejeté, le tout sous couvert d'affirmation de son Identité sociale. Le favoritisme exo et endogroupe a donné naissance à de nombreuses expérimentations sur l'Identitésociale, et l'Attribution causale, autre grand thème de la psychologie sociale.
Plusieurs phénomènes se rapprochent de ce phénomène de favoritisme pro-endogroupe observé par Clarck et Clarck (1947), et plusieurs théorie essayent de l'expliquer. Je pense en particulier à la théorie de la justification du système de John Jost et Mahzarin Banaji (1994). De nos jours, la discrimination, le racisme et les préjugés ont tendance à diminuer, ou du moins à être exprimés sous une forme plus subtile. Par exemple, les traits stéréotypiques des Noirs ne sont plus si ouvertement négatifs qu'il y a quelques années (je vous renvoie notamment aux nombreuses réplications de la "Princeton Trilogy", comprenant les études originales de Katz & Braly, 1933, Gilbert, 1951, ainsi que Karlins, Coffman, & Walters, 1969, voir également la fameuse réplication par Devine & Elliot, 1995). Les stéréotypes de n'importe quel groupe social, qu'il soit majoritaire ou minoritaire, se composent de traits positifs et de traits négatifs. Et ces traits recouvrent une importance particulière pour l'identité sociale de ces groupes.
La théorie de la justification du système met un accent particulier sur le rôle des stéréotypes et de leurs complementaires dans la légitimation du status quo (qui va engendrer ce favoritisme pro-exogroupe). Par complémentaire du stéréotype, j'entends une dimension importante pour l'identité des personnes qui va venir compenser pour l'asymétrie de statut (par exemple, c'est bien connu, les riches sont malheureux, et les pauvres sont plutôt heureux, les hommes sont bons en maths, mais les femmes, elles, sont meilleures en lettres, ou encore, les Blancs sont peut-être plus intelligents que les Noirs, mais ces derniers sont bien meilleurs en sport). Ces complémentaires permettent de justifier le status quo en autorisant les groupes minoritaires à avoir une identité positive, si bien que même les membres de ces groupes minoritaires endossent ces stéréotypes.
Par conséquent, de nos jours, le favoritisme pro-exogroupe va prendre une forme beaucoup plus subtile, et il est encore plus difficile de lutter contre les asymétries de statut.
La complémentarité permettrait donc de "supporter" les stéréotypes jugés lourds à porter... très interessante théorie, Merci à toi, Fab, pour ces précisions pertinentes et pour citer judicieusement les sources de toutes ces études. On reconnait l'expert ;)
Autre question suite à ma reflexion sur l´esperience de clark et clark. Dans ce dernier nous prenons une poupée blanche et une poupé noire.
A t il été fait une experience avec plusieurs poupées avec gradation de couleur?
Merci d´avance.
( et y a t il eu des experiences qui ont révélé les memes resultats que clark et clark mais pour des ages plus avancés voire adultes? )
Je propose de consulter l'avis d'experts ;) rendez-vous ici
http://www.psychologie-sociale.org/...
Je pense que l'expérience dduncan répondra, même si elle est différente de celle de Clark et al, à ta deuxième question : http://psychoweb.dnsalias.org/index...