Une fois n'est pas coutume, cette expérience représente un réel espoir en matière de pédagogie des groupes. Elle montre comment peuvent se former des groupes, sur la base de critères parfois dénués de tout caractère social... mais également comment contrer l'effet de cette formation.
Chaque groupe formé étant sujet à des effets de favoritisme envers les membres de son propre groupe, et de défavoritisme envers les membres d'autres groupes, il est important de connaître les astuces qui permettront d'éviter ces biais.
Les auteurs réalisèrent leur expérience avec des enfants de 9 et 10 ans, répartis au sein de 10 groupes de 12 enfants (6 garçons et 6 filles). A cette âge, la différence de sexe est un élément fondamental, vécu comme très important par l'enfant : souvent, les garçons jouent entre eux, de même pour les filles. Chaque petit groupe de filles et de garçons constitue donc un groupe à part entière.
Autrement dit, dans chaque groupe de 12 enfants, on a affaire à deux sous-groupes, "filles" versus "garçons". Ils sont en situation de catégorisation simple. Pour 5 des 10 groupes de 12 enfants, on introduit un nouveau critère de catégorisation (c'est-à-dire, un nouveau critère permettant de creer des sous groupes "fictifs") volontairement dénué de tout caractère social : on donne à trois filles et trois garçons, un stylo rouge pour effectuer l'expérience. Aux trois autres filles et trois autres garçons, on donne un stylo bleu.
Ce faisant, on les place en situation de catégorisation croisée : filles et garçons se retrouvent à la fois dans un sous-groupe lié au sexe, mais également dans un autre sous-groupe dans lequel se trouvent des filles. Les deux sous groupes se mélangent, tandis que lorsque le critère couleur du stylo n'est pas introduit, seul le sous groupe "fille" versus "garçon" structure l'ensemble du groupe.
Voilà les enfants en condition... on leur demande alors de réaliser une série de 4 exercices, sur feuille, puis d'estimer ensuite le nombre d'exercices réussis par son propre groupe, de même sexe, et par l'autre groupe de sexe opposé...
Tableau des résultats moyens de l'«estimation du taux de réussite» (cf Doise, et al. Psychologie sociale expérimentale, Colin, p.27) : Moyenne des estimations de la performance d'autrui (échelle de 0 à 4)

Les résultats montrent les deux effets attendus : lorsque les enfants sont placés en groupe pour lesquels il n'y a qu'un critère de groupement, "filles" versus "garçons", on voit se développer un certain favoritisme envers les membres de son propre groupe : les filles pensent que les autres filles réussiront mieux les exercicesque les garçons, eux-même, ayant un point de vue inverse. Lorsque qu'un deuxième critère de catégorisation est introduit, qui mélange les membres construits à partir du premier critère, les estimations se normalisent, chaque genre donnant au genre opposé des estimations semblables de réussite.
Et s'il en fallait plus pour mettre à jour ce phénomène, les auteurs ont ensuite demandé aux enfants, en leur présentant une liste de 33 adjectifs, de décrire les membres de l’autre groupe. Les résultats obtenus avec cette mesure reflètent ceux de la précédente : en situation de catégorisation croiséé, les qualificatifs choisis envers le sexe opposé sont neutres, alors que leur tendance générale est négative en situation de catégorisation simple.
En résumé, dans cette expérimentation, les auteurs ont mis en saillance les caractères sexuel et de couleur. Lors de la situation de catégorisation simple, on voit apparaître du favoritisme endogroupe et du « défavoritisme » exogroupe. Par contre, la situation de catégorisation croisée empêche l’apparition de ces biais, ce qui constitue un grand espoir pour la gestion des groupes d'appartenance : introduire de nouveaux critères permettant de mélanger les groupes d'origines peut permettre une meilleure intégration, et tolérance, de ces groupes au sein d'une grande entité sociale commune.
Source : Cours de psychologie sociale - Dijon
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