Relations interpersonnelles et psychothérapie collective
De cette tendance, J. L. Moreno peut être considéré à la fois comme un précurseur et comme un représentant assez caractéristique. Sa première invention technique, le test sociométrique, dans lequel le sujet choisit, par ordre de préférence, ses amitiés, lui permit de souligner le décalage existant entre les associations prescrites et les associations désirées dans des groupes organisés administrativement; mais elle ne nous apprend rien sur les associations réelles et ne constitue pas un tableau des relations de groupe. Il est bien difficile – et téméraire – de formuler, à partir de la seule transposition des choix sociométriques sur le sociogramme, des hypothèses précises en ce qui concerne la structure des groupes primaires. De la même façon, les expériences thérapeutiques non contrôlées (psychodrame et sociodrame), auxquelles Moreno procéda plus tard, sont saisissantes par les changements qu’elles provoquent et par la soudaine lumière qu’elles jettent sur la complexité des relations entre l’acteur individuel et le groupe, mais elles ne permettent aucune conclusion précise et sûre quant à la nature de la situation de groupe. De surcroît, le langage prophétique et souvent obscur de Moreno convient bien mal à un effort sérieux de réflexion et d’interprétation théorique.
D’une manière plus générale, la psychothérapie collective semble susceptible d’avoir, dans certains cas, d’heureux effets, comme le démontrent les travaux des Anglais John Rickman et Wilfred Bion, mais ces variantes psychiatriques de l’analyse de groupe n’ont guère contribué jusqu’à présent à l’établissement d’une théorie solide et claire, d’autant plus que l’exemple de Moreno, plus soucieux de thérapeutique que d’interprétation et préférant le langage inspiré du grand prêtre à celui de l’homme de science, semble être souvent repris, notamment par Carl Rogers.
On en est resté essentiellement, dans le cadre de cette approche, à une phase d’exploration et d’accumulation des données; le temps de la synthèse ne semble pas encore venu, encore qu’il faille accorder une particulière attention aux études de Fritz Redl, qui représentent un sérieux effort d’analyse des structures collectives en se référant à Freud et à la théorie psychanalytique.
Source : Cours de Psychologie Sociale - Dijon
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